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Un jardin en agroécologie : journal de bord du Jardin Melifera (automne 2021/hiver 2022)

 Venez, on vous embarque dans la belle aventure du Jardin Melifera. Notre site de production de fleurs d’immortelle pour notre gin – mais pas seulement, vous verrez ! – que nous ambitionnons de gérer selon les principes de l’agroécologie et qui concrétise nos engagements pour la protection de la biodiversité. Au fil de ce blog, promis, Ethel, notre chargée en biodiversité vous dit tout. Notre quotidien rythmé par la nature et les saisons, nos ambitions et nos choix, nos belles réussites comme nos difficultés, notre volonté de bien faire, encore et toujours, de tendre le plus possible vers l’autosuffisance, de soutenir à notre échelle le développement de l’île d’Oléron… Prêts à partager notre journal de bord, juste avant l’arrivée du printemps ?

L’agroécologie comme principe fondateur de notre engagement

Tout commence avec l’acquisition de terres dans l’île d’Oléron. Une parcelle de 2 hectares que nous avons appelée Jardin Melifera et pour laquelle j’ai été recrutée en tant que spécialiste en biodiversité et filières durables. 2 hectares, c’est vrai, ce n’est pas très grand. Mais l’important, pour nous, c’est de les gérer au mieux, à notre échelle, et d’en faire un véritable réservoir de biodiversité en suivant les principes de l’agroécologie.

L’agroécologie, vous connaissez ? En quelques mots, c’est un ensemble de méthodes de production et de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. L’agroécologie s’appuie sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes. Elle agit ensuite comme une caisse de résonance pour les amplifier, tout en s’attachant à diminuer les pressions sur l’environnement et à préserver les ressources naturelles. La nature est utilisée au maximum comme facteur de production, tout en maintenant ses capacités de renouvellement.

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Viser l’autosuffisance avec de nouvelles cultures de botaniques

Restée en friche depuis plus de 10 ans, la parcelle a été cultivée en maraichage bio et petits fruits de 2017 et 2020. Depuis plusieurs mois, cette parcelle n’avait pas été cultivée. Herbes hautes, fleurs sauvages et ronces buissonnantes s’y étaient considérablement développées.

L’objectif des travaux agricoles menés cet automne, était de remettre en état le terrain afin qu’il puisse accueillir au printemps les nouvelles cultures de plantes à parfum et d’aromatiques (PPAM) destinées à entrer dans la composition du gin Melifera. Les fleurs d’immortelles, bien sûr, mais aussi d’autres botaniques comme l’angélique… Certaines variétés ont également été choisies pour leur intérêt mellifère – c’est le cas de l’agastache – ou pour leur forte adaptation à ce qu’on appelle le biotope (lieu de vie) car déjà présentes naturellement à l’état sauvage comme la guimauve, par exemple. L’idée avec ces plantations serait de tendre au mieux vers l’autosuffisance. Eric et Aline GIRARDOT nous ont beaucoup épaulés sur les orientations techniques à prendre. Ces maraîchers, qui cultivaient les terres qu’ils nous ont vendues, sont restés les fermiers du site et de précieux partenaires. Ils continuent d’apporter leurs compétences et leur savoir-faire au sein de l’aventure Melifera.

Le Jardin Melifera, de vrais atouts pour produire dans le respect de l’agroécologie

Les productions seront conduites en agriculture biologique et notre volonté est d’avoir également une approche agroécologique dans la gestion du site : limitation du travail du sol, couverture du sol, aménagements favorables à la biodiversité (haie champêtre, roncier, zone humide, nichoirs, perchoirs…).

Par sa nature et ses caractéristiques, le site possède de vrais atouts pour travailler dans ce sens :

  • un sol à texture sablo-argileuse avec un taux de matière organique, un humus stable et une très bonne activité biologique ;
  • des zones de prairies naturelles, de marais doux, de bois et lisière de bois à fort intérêt écologique attenantes à l’espace cultivé.

Pour réaliser les travaux agricoles, nous avons fait appel à des agriculteurs locaux et à leur matériel. La garantie d’une expertise locale et d’un véritable savoir-faire, mais un joli casse-tête en termes de planification ! Nous avons dû en effet nous adapter à plusieurs contraintes : la météo, les imprévus et les disponibilités des agriculteurs qui possèdent leur propre exploitation ou ferme, et ce dans une période chargée.

Et ce n’est pas tout ! Le site étant auparavant un site de production en maraîchage, il a fallu retirer des bâches plastiques utilisées pour ce type de culture. Quelle galère ! Heureusement, nous avons pu bénéficier de l’aide d’intérimaires, Yannick CHAUVET et de Michel COULON, grâce à une collaboration avec l’ADCR de Saint-Pierre d’Oléron (Association locale d’accompagnement socio-professionnel proposant des missions de travail temporaire).

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La préparation de l’espace de culture, savoir-faire et étapes clés

Sur notre site de 2 hectares, on peut considérer aujourd’hui qu’il y a 3 types d’espaces, gérés différemment : l’espace de culture, les prairies et la lisière de bois.

  • Débroussaillage et broyage

Pour commencer, compte tenu de l’état d’embroussaillement de la parcelle, pas d’autre choix que de procéder à son broyage et débroussaillage. La période automnale est idéale pour réaliser ces travaux. En effet, elle implique peu ou pas de dérangement pour la biodiversité. De plus, nous procédons en plusieurs étapes et secteurs de manière à laisser le temps à la faune de se déplacer.

L’espace qui accueillera les futures plantations a été broyé à l’aide d’un broyeur à sarments.  Cet outil, relativement léger, est adapté pour les petites broussailles et permet une restitution de matière organique à la parcelle, via la dégradation des éléments laissés au sol. C’est Eric PRIEUR, du « Jardin de la Josière » à Chaucre, qui a réalisé ce travail titanesque !

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  • Semis et couvert végétal

Très importante, la préparation du sol est une étape préalable à l’implantation de PPAM. Après avoir réalisé une rapide analyse du sol, constaté une bonne activité biologique et la présence de vers de terre (des alliés de poids !), nous avons fait le choix d’implanter un couvert végétal pour l’hiver.

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Composé de semences labellisées bio, mélange d’avoine, vesce (légumineuse), phacélie, trèfle d’alexandrie et radis chinois, fournies par la Coopérative agricole de l’île d’Oléron, il devrait répondre à nos besoins. Les couverts végétaux possèdent en effet de véritables intérêts agronomiques dans la protection des sols et l’amélioration de leur fertilité, dans la concurrence des adventices et dans la fertilisation verte (apport des éléments nutritifs dans le sol pour les cultures suivantes).

Il a été implanté un peu tardivement, malheureusement, ce qui réduira un peu son intérêt au printemps par son développement limité. Mais les conditions climatiques spécifiques à Oléron permettent néanmoins de le faire. Cela évite de laisser le sol à nu. Nous avons tenté également de « booster » sa croissance par un petit apport d’engrais organique bio (fientes de volailles en granulés).

Le semis du couvert a été réalisé par Eric THEMIER, de l’EARL Themier, polyculteurs-éleveurs de bovins de race limousine sur l’île d’Oléron.

  • Déchaumage et épandage
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Le semis a été réalisé après un déchaumage (via déchaumeur à disques et déchaumeur à dents).

Un petit point sur le déchaumage ? Cette opération superficielle de préparation du sol pour le semis consiste à arracher et enfouir les plantes levées, les graines tombées et les chaumes d’une culture.

Bien que le sol soit de bonne qualité, nous avons opté pour un apport de matière organique et d’éléments carbonés juste avant l’implantation du couvert végétal. Objectifs : renforcer l’activité biologique, la structuration du sol et jouer un rôle de fertilisants avec du compost (provenant de l’Ecopôle de l’île d’Oléron) et des broyats de déchets verts type BRF (bois raméal fragmenté) produits par l’entreprise Bridier Staff située à Grand Village Plage.

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Incorporé au sol, sa décomposition, par des microorganismes tels que les bactéries ou les champignons, se fera lentement et apportera un petit bas de laine supplémentaire de carbone et d’autres éléments sous forme inorganique utilisables ultérieurement par les végétaux. Lors de l’implantation des cultures de PPAM programmées au printemps, en avril plus exactement, il ne sera pas utile d’apporter de nouvel amendement au sol.

Le déchaumage a été réalisé par Le Jardin de La Josière et par l’EARL Themier.

L’épandage du compost et du BRF a été réalisé par David PRADERE (Vignoble Pradère) et Samuel MAGE (Vignoble Mage) à l’aide de leur épandeur à fumier viticole.

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Une bonne gestion de la prairie et de la lisière de bois pour préserver l’équilibre de l’écosystème

Le reste du site est composé de prairies naturelles et d’une petite partie en lisière de bois. Le bois qui jouxte la parcelle abrite également une zone humide, le marais doux de Ponthézière. Appréciés pour leur cadre bucolique, ces types d’espaces possèdent également une valeur écologique dont l’équilibre préservé est bénéfique pour nos cultures de plantes à parfum et d’aromatiques.

Dans le domaine de la protection de la biodiversité, le rôle écologique et agronomique des prairies naturelles est primordial. Notamment dans la gestion quantitative et qualitative de l’eau (crues et filtration), l’atténuation du réchauffement climatique, la fourniture d’habitats pour la faune sauvage et les oiseaux, pour les insectes pollinisateurs et autres auxiliaires de culture ou encore de fourrage pour le bétail… Un véritable réservoir de biodiversité.

Zone de transition entre deux milieux différents, la lisière de bois est également propice à la biodiversité, en hébergeant à la fois des espèces forestières et des espèces de milieux ouverts. Un incroyable point de rencontre qui peut aussi servir de voies de déplacement pour les animaux, véritables couloirs écologiques, mais aussi de milieu favorable pour leurs besoins vitaux.

Le marais doux de Ponthézière, marais d’eau douce, offre lui aussi une belle diversité biologique, abritant plusieurs espèces de plantes qui ont un fort intérêt patrimonial (orchis des marais, renoncule à feuilles d’Ophioglosse…) et de nombreux oiseaux.

Préserver et bien gérer ces espaces s’inscrit dans notre démarche globale. Plus on s’appuie sur la nature, moins on a besoin d’intervenir sur nos cultures de manière artificielle. Le Jardin Melifera a la chance de faire partie d’un ensemble accueillant pour la biodiversité ; ensemble qui devrait participer indirectement à l’amélioration de la production agricole.

L’écopâturage, l’alternative naturelle pour contenir la dynamique d’enfrichement

 L’enjeu sur ces milieux que sont les prairies et les lisières est de contenir la dynamique d’enfrichement pour éviter une uniformisation et préserver leur fonctionnalité écologique. Il faut savoir qu’une prairie non entretenue devient un bois en 30 ans.

La lisère de bois du Jardin Melifera étant un milieu fragile et difficile d’accès, l’entretien par broyage mécanique ne nous semblait pas adapté (sonore et potentiellement polluant), d’où la solution de l’écopâturage (ou écopastoralisme). Une alternative naturelle et économique qui contribue à une bonne vie biologique des sols grâce aux déjections des animaux et permet l’entretien des zones inaccessibles aux machines.

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Pour cela, nous avons fait appel à Nicolas Seguier et Oriane Pateau, propriétaires de la ferme « Les Anes d’Oléron » qui, grâce à leur cheptel diversifié (ânes, chèvres, moutons), permet de débroussailler et d’entretenir tous types de milieux et de végétation. De plus, l’utilisation de races menacées car de faibles effectifs (Baudets du Poitou, chèvres Poitevines) permet de soutenir la conservation de ces espèces et le travail des éleveurs. Un soutien qui s’inscrit complètement dans les engagements de la marque.

Pour aller au bout de la démarche et comme la ferme se trouve à seulement quelques kilomètres du Jardin Melifera, nous avons opté pour un transfert des animaux à pied. La transhumance de « Marius et ses 5 drôles de chèvres », ainsi que Rose et son ânesse Lultime, a été réalisée le samedi 30 octobre.

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Par la suite des moutons, d’autres chèvres et d’autres ânes se sont succédé sur les prairies pour réduire la végétation et favoriser une belle reprise au printemps. Le pâturage s’est fait sur la période novembre-décembre.

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Et pendant dans ce temps-là, au cours de l’automne…

Située en espace classé au titre du paysage – ce qui est le cas de tous les espaces agricoles et naturels de l’île d’Oléron -, la parcelle agricole de Melifera a pour devoir de préserver les espaces de qualité et remarquables au plan paysager. Tous les travaux susceptibles de modifier l’état ou l’aspect des lieux d’un site sont ainsi soumis au contrôle du Ministre chargé des sites ou du Préfet du département. De nombreuses démarches administratives sont donc nécessaires pour présenter et faire valider le projet. La constitution des dossiers et leur instruction au sein des services administratifs locaux et nationaux nécessitent plusieurs mois.

Afin de proposer une approche qualitative dans les aménagements mis en place sur le site, dans l’esprit de Melifera, nous avons bénéficié de l’expertise et de la réalisation d’esquisses par Jean-Baptiste LACOMBE, architecte paysagiste et gérant de l’entreprise Lokal, et également maraîcher sur l’île de Ré.

Et la suite… au printemps !

 L’hiver est l’occasion de mettre au point la planification des cultures pour le printemps : types de plantes, plan de culture, commandes, choix de prestataires… Notre objectif vise à répartir les espèces cultivées sur le terrain pour qu’elles soient adaptées à leurs exigences et à leur biotope d’origine. Nous nous appuyons pour cela sur les conseils précieux de producteurs de plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

Vous avez aimé ? Patience, bientôt vous saurez tout du Jardin Melifera au Printemps !

©2022 MELIFERA

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