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©André Fiquet

Melifera s’engage pour la protection de l’abeille noire

Rencontre avec Zachary Gaudin*, coordinateur de la CANO (Association du Conservatoire de l’Abeille Noire Oléronaise)

Par Laurence Froger

Melifera témoigne depuis sa création d’un engagement marqué pour la nature et la biodiversité. S’associer avec le Conservatoire de l’abeille noire à Oléron a immédiatement fait du sens pour ses créateurs. Zachary Gaudin, en charge de son développement et de sa coordination, nous en ouvre les portes. Visite commentée et argumentée par un acteur impliqué dans la protection de cette abeille sauvage.  

Le Conservatoire de l’Abeille Noire Oléronaise, c’est quoi exactement ?

Un périmètre délimité dans lequel on tend à n’avoir que des abeilles noires. C’est aussi une association d’apiculteurs de l’Ile d’Oléron désireux, depuis une dizaine d’années, de protéger l’abeille noire locale face aux premiers stigmates de l’hybridation. La Communauté de Communes de l’Ile d’Oléron, sensibilisée par cette cause, décide dans un premier temps de participer au financement et au montage d’un rucher pédagogique, le rucher des Allards sur la commune de Dolus. Ces premiers engagements donneront naissance en 2018 au Conservatoire de l’Abeille Noire de l’île d’Oléron, toujours soutenu et financé par la Communauté de Communes. Le conservatoire se structure très vite autour d’apiculteurs impliqués dans la préservation de cette race d’abeilles (on parle de race puisqu’il s’agit d’une sous-espèce, Apis mellifera mellifera). Ils créent ensuite l’association du Conservatoire de l’Abeille Noire Oléronaise (CANO) et mettent en place des moyens pour travailler sur la discrimination des colonies noires et l’extraction des colonies hybrides de la zone conservatoire. Selon une cartographie déterminée, la zone conservatoire est installée dans le nord de l’Ile, où la concentration en colonies noires est la plus importante, le sud étant réservé aux hybrides.

L’abeille noire est-elle une race que l’on ne trouve qu’à Oléron ?

Non, on la trouve partout dans l’ouest européen, au nord de l’Arc alpin, de l’Oural jusqu’à chez nous. Mais on peut parler d’une régionalisation, c’est-à-dire d’une adaptation de cette sous-espèce aux contraintes environnementales locales. La notion de régionalisation n’est pas définie strictement par des frontières géographiques, plutôt par un environnement climatique et floristique. Ces abeilles, pas forcément adaptées à des hivers très froids, sont capables de répondre à des périodes de sécheresse, d’activités et de floraisons assez courtes dans notre univers quasi-méditerranéen.

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Comment reconnaît-on une abeille noire ?

Déjà, elle est noire ! C’est une assez grosse abeille, noire et velue. Mais toutes les abeilles noires ne font pas partie de la race Apis mellifera mellifera. Il existe d’autres races en effet, comme la Caucasienne que l’on retrouve entre l’Europe et l’Asie, noire aussi, mais avec des caractéristiques différentes que l’on ne distingue pas vraiment par l’aspect visuel. Pour être sûr, il n’y a que deux solutions : l’analyse génétique et l’analyse morphométrique. C’est cette dernière que l’on fait avec les apiculteurs pour discriminer les colonies.

Quelles sont les caractéristiques de l’abeille noire, son mode de vie ?

L’abeille noire est sauvage, plus rustique, plus apte à s’adapter et à répondre à des contraintes environnementales. Elle va pouvoir réguler la taille de ses colonies pour ne pas dépenser trop d’énergie. Ce qui veut dire pour un apiculteur qu’il aura moins besoin de la nourrir. Quand on a des pratiques apicoles respectueuses, cela ne pose pas de problèmes, le nourrissage n’intervient qu’exceptionnellement en cas de grande sécheresse ou d’hiver trop rude. L’abeille noire a aussi des caractéristiques d’adaptabilité et de tolérance aux différents pathogènes. Elle va pouvoir réguler plus précisément sa ruche car elle a une meilleure gestion de son couvain notamment. Du coup, on laisse plus de place à la nature et les abeilles s’en portent très bien. Ce qui permet d’avoir quelque chose de plus viable.

L’abeille noire a la réputation d’être plus agressive. Une réalité ?

Non, l’abeille noire n’est pas plus agressive. Il y a 30 à 40 ans, personne ne se posait la question de l’agressivité, tout le monde travaillait l’abeille noire. Mais à partir du moment où on a commencé à hybrider, des caractères d’agressivité sont ressortis. Une abeille, à certaines périodes de sa vie, a forcément des comportements agressifs. S’il y a de l’orage, s’il fait froid, si elle a quelque chose à défendre, si elle est faible, elle se comporte d’une façon plus agressive car elle doit défendre sa colonie. Ce qui n’est pas le cas à d’autres moments. Nous ne travaillons pas sans gants la plupart du temps, mais il est possible à certains moment de manipuler sans gants. On peut tout à fait approcher les ruches d’abeilles noires sans qu’il y ait de problématiques. L’agressivité vient de l’hybridation.

Le miel d’une abeille sauvage est-il différent ?

Je mets quiconque au défi de différencier un miel d’abeille noire de celui d’une autre abeille. On va plutôt dire que ce qui va caractériser les abeilles noires dans le cadre de la conservation – car hélas on n’en trouve quasiment plus que dans les zones de conservation – ce sont les pratiques apicoles. Nous avons des ruches sédentaires. On ne va pas faire de la transhumance, on ne va pas suivre les monocultures du type colza ou tournesol… On va laisser des ruchers en place et les abeilles vont aller plus naturellement vers un ensemble de fleurs, ce qui donnera des miels qui ne sont pas typés, des miels toutes fleurs avec des particularités seulement selon les territoires.

Pourquoi est-il important d’avoir un conservatoire dédié aux abeilles noires ?

Dans l’Ile d’Oléron, l’abeille noire était la seule abeille jusqu’à ce que des humains, il y a une quarantaine d’année, décident d’hybrider et d’importer des races d’ailleurs. Dans un premier temps, par ces croisements, on tente de sélectionner des caractères non présents dans notre race, des caractères généralement de rendement et de docilité. Et dans un second temps, on va chercher par ce croisement l’effet d’hétérosis. L’effet d’hétérosis, c’est quoi ? Un exemple, quand vous achetez une tomate dans un magasin qui n’est pas biologique et de conservation, il y a marqué F1 dessus. C’est-à-dire que c’est le premier hybride entre deux lignées clairement définies. Et ce premier hybride a l’effet d’hétérosis : il va avoir beaucoup plus de rendement mais si vous plantez ses graines, tout s’arrête. Parce que l’effet d’hétérosis ne va arriver que pour cette première hybridation. Les sélectionneurs ont joué à ça pendant des années jusqu’à ce que l’on soit dans le cas actuel, c’est-à-dire la perte de tout repère génétique et la perte totale de certains caractères génétiques. Parce que quand on fait de la sélection sur des critères de rendement, de docilité, on le fait rapidement et on va orienter la disparition de séquences entières de l’ADN, voire même de parties de chromosomes, qui elles sont beaucoup plus liées aux capacités adaptatives. Mais en faisant ça depuis des décennies, on enlève toute capacité d’adaptation à une espèce qui va devenir seulement tributaire de l’action humaine.

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©CPIE

Conserver, c’est donc agir pour sauver, avec une réelle urgence, non ?

Conserver, c’est avant tout essayer de sauver les meubles. Et si on n’agit pas maintenant, dans 10 ans, on n’aura plus d’abeilles noires à sauver. Ne resteront plus que des hybrides. On sait tous que si on va jusqu’à la disparition des abeilles et des polinisateurs, on va vers une franche diminution de la population humaine et d’un grand pan de la biodiversité. Cela paraît un peu idéaliste, car ce que l’on nous oppose, c’est que, hybridées ou non, elles restent des abeilles et qu’on va les maintenir dans des boîtes. Mais c’est tout simplement parce que les races, les sous-espèces avec lesquelles elles sont hybridées, ne sont pas adaptées à notre contrée. On va avoir plus de mortalité hivernale, un plus grand besoin de nourrissage et on va en faire soit des assistées, soit des colonies qui vont mourir. Le bout du bout de l’apiculture, c’est assister totalement les colonies, changer les reines tous les ans et faire de la sélection totale pour n’avoir que des espèces que l’on définit clairement. C’est tout sauf naturel et cela ne peut qu’engendrer la grande fracture de la biodiversité que l’on subit actuellement.

L’abeille noire est-elle particulièrement importante à protéger ?

L’abeille est le symptôme symbolique des nouvelles pratiques agricoles. On sait depuis maintenant 10 à 15 ans que les populations d’abeilles s’écroulent à cause de l’utilisation des pesticides, à cause de la diminution des niches écologiques dans lesquelles elles pouvaient se développer naturellement et monter des colonies. Actuellement, il n’y a presque plus de vieux arbres, plus de haies que les anciens taillaient pour donner des arbres creux, beaucoup moins de vieux bâtiments. Il n’y a pratiquement plus d’espaces mis à part ces boîtes en bois qui rendent les colonies d’abeilles complètement assistées. Il faut donc redonner de la place à la nature. Et la nature a créé une sous-espèce, celle de l’abeille noire, totalement adaptée à nos conditions environnementales. Ce qu’on souhaite au sein du conservatoire, c’est donner suffisamment d’espace à cette sous-espèce pour qu’elle puisse continuer à s’adapter. On travaille avec des ruches et, même si l’on maintient une activité sanitaire pour empêcher les pathologies souvent introduites par l’homme de se développer encore plus, nos techniques apicoles sont respectueuses : moins d’interactions, moins de gêne, moins de récoltes.

 Comment fonctionne un conservatoire de protection de l’abeille noire ?

Pour qu’un conservatoire fonctionne, il faut partir du principe qu’une reine se fait féconder par une dizaine ou une vingtaine de mâles. Pour répondre à ce besoin de fécondation, les mâles peuvent parcourir jusqu’à 6 kilomètres. Donc pour pouvoir orienter ces zones de fécondation, on n’a pas d’autres choix que de définir une zone de 7 km où on va concentrer uniquement des colonies noires avec, à l’intérieur, une petite zone de 3 km. Dans cet espace appelé zone cœur ou zone sanctuaire, on laisse les colonies suivre une évolution darwinienne, lorsque cela est possible, avec suffisamment d’apiculteurs engagés dans le principe. La complexité est donc de définir une zone où on va empêcher les apiculteurs qui travaillent avec des hybrides d’entrer et où on va donner à ceux qui sont déjà implantés des solutions pour pouvoir travailler « en noires ». C’est la problématique de tous les conservatoires de France.

 Avez-vous des spécificités par rapport aux autres conservatoires en France ?

Déjà, on est sur une île assez grande, qui a de la production primaire donc potentiellement des capacités mellifères que n’auraient pas de plus petites îles. Ensuite, on a l’implication des politiques locales et le soutien de la Communauté de Communes pour mener à bien le développement de ce projet. Autre particularité, notre récente adhésion à la Fédération Européenne des Conservatoires de l’Abeille noire qui regroupe une douzaine de conservatoires en France. La FEDCAN permet de travailler sur des problématiques communes, avec des outils de communication à plus grande échelle, pour avoir un peu plus de poids dans les décisions qui sont actuellement prises sur l’avenir de l‘abeille et du monde apicole.

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©CPIE

Faire évoluer les mentalités, permettre au grand public de s’emparer de la question de la conservation, c’est aussi informer.

Bien sûr. Ce n’est pas la réglementation qui va faire évoluer les choses, mais la compréhension. Il faut donner les outils pour que le grand public comprenne ce que l’on fait, pourquoi et pourquoi c’est urgent. Ne plus être seulement consommateur, mais aussi acteur. Il est important de comprendre l’intérêt de conserver une espèce locale telle que l’abeille noire comme on le fait déjà pour les dindons, les chèvres, les taureaux. Un véritable patrimoine naturel et culturel. Se souvenir que nos anciens ont travaillé avec ces espèces des centaines d’années et qu’avec ces espèces, ils ont créé les pratiques desquelles découlent celles que l’on a actuellement. Si on oublie ça, on peut aussi bien oublier tous les fonctionnements qui ont amené notre construction culturelle actuelle.

Comment se traduisent vos actions de communication sur le terrain ?

On travaille avec la Communauté de Communes pour faire beaucoup d’événementiel : mise en place  de signalétique dédiée, organisation de cycles de conférences et de séances de ciné-débats animés par des scientifiques comme Lionel Garnery, un spécialiste de l’abeille noire. On a également deux ruchers partagés au sein desquels sont organisés des demi-journées d’explication de l’apiculture et du conservatoire. Nous allons aussi à la rencontre du grand public lors d’événements locaux et nationaux. Pour échanger, sensibiliser, dans le respect de la préservation des biens communs.

Melifera a décidé de soutenir le CANO. Quelles sont les implications de la marque de gin bio pour la protection des abeilles noires dans l’Ile d’Oléron ?

Tout a commencé quand Christophe Amigorena est venu rencontrer la collectivité à la recherche d’une zone pour faire pousser l’immortelle ensuite distillée dans le gin Melifera. La rencontre avec Christophe m’a tout de suite enthousiasmé. J’ai été emballé par sa volonté de créer une marque portant des valeurs communes et défendant le bien-être commun. Melifera, c’est un gin issu de l’agriculture biologique, fabriqué avec des produits locaux. C’est aussi une volonté d’implication au sein de projets de protection de l’environnement sur le territoire de l’Ile d’Oléron, financés bien sûr par les gains de la marque. Le lien entre Melifera et le conservatoire des abeilles noires était facile à faire. Et puis, le nom s’y prête bien ! Pour la première année, Melifera a financé un set entier d’analyses génétiques, ce qui permet de faire 150 échantillons et analyses génétiques de ruches déjà présentes sur le conservatoire. C’est pour nous la formidable opportunité d’avoir un diagnostic clair de l’impact de notre travail depuis 3 ans. C’est aussi une obligation pour pouvoir répondre au cahier des charges des conservatoires de l’abeille noire qui appartiennent à la FEDCAN.

Avant d’arriver sur l’Ile d’Oléron en 2016, vous travailliez dans un laboratoire de biologie végétale à l’université de Nantes. En tant que biologiste, quels sont vos objectifs et vos motivations à travers ce conservatoire ?

Au niveau du conservatoire, l’objectif est de faire que tous les apiculteurs qui se trouvent dans la zone nord de l’île viennent naturellement à la conservation. Tout biologiste est forcément sensible à cette notion de conservation. Je pense qu’il ne faut pas oublier de laisser de la place à la nature. Ma motivation ? Avoir l’opportunité de participer à la conservation d’une race. Pour agir à notre échelle, pour que la crise actuelle de la biodiversité ralentisse.

 

* Zachary Gaudin est chargé de projets au sein du CPIE Marennes-Oléron, en charge du développement et de la coordination du Conservatoire de l’Abeille Noire de l’île d’Oléron pour le compte et avec le soutien financier de la Communauté de Communes de l’Ile d’Oléron.

Zachary Gaudin travaille avec Ethel Gauthier. Ils sont tous les deux chargés du développement et de la coordination des projets apicoles oléronais (conservatoire et rucher pédagogique des Allards).

La Communauté de Communes d’Oléron est membre d’honneur de la CANO (association du Conservatoire de l’Abeille Noire d’Oléron). A ce titre, Zachary et Ethel, en charge de la mise en œuvre technique d’une politique donnée par les élus, participent à la vie et au fonctionnement du CANO.

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